Jouer pour rêver, pianoter pour se goinfrer
A côté de moi dans le TGV Lyria, quatre enfants 8-10 ans ont conté une fable aux voyageurs. Une adorable petite fille avec ses smockes et ses babies et deux garçons, jouent. Un autre pianote nerveusement sur son téléphone portable, passant sans concentration d'un jeu de rôle à un autre. Sortant de son écran, d'une voix tonitruante, il interroge - "ça serait quoi votre idéal ?" et aussitôt répond à ses camarades - "ça serait de manger des glaces toute la journée". Qui connait Genève, peut comprendre la souffrance de la fermeture du café Mövenpick sur les quais et ses glaces royales, mais inscrire comme idéal celui de manger des glaces, laisse songeur.
Une autre petite voix d'un garçon chuchote - "mon idéal serait d'aller à la mer" . Pour un petit suisse, au pays sans vagues, cela en est un, puis ajoute les yeux énamourés en se jetant à l'eau - "aller à la mer pour construire des châteaux de sable à une princesse ! ". La petite fille sait déjà que c'est elle la princesse, car on a pris le temps de lui dire qu'elle était très jolie, mais ne bouge pas, reste imperturbable, même pas un battement de cils. Cette chouchou savoure les secrets des tendres amours enfantins.
Une jolie fable qui illustre déjà la misère de celui qui passe son temps avec son portable, en se goinfrant de messages à la place de jolis mots, même à table en face d'une jolie femme, et Dieu sait que les restaurants en sont peuplés.