Mardi 3 novembre 2009

C’est l’histoire d’un tableau qui parle pour vous raconter tout ce qu’il voit et en profite aussi pour égrener ses souvenirs. C’est le portrait de Betty de Rothschild qui raconte le quotidien de l’histoire avec les us et coutumes des grandes familles depuis le jour où Ingres l’a peinte en 1844 et ce jusqu’au jour où elle quitta l’Ile de la Cité. Les premières pages sont longuettes avec la vie rue Laffitte, rue Saint Florentin, celle au Château de Ferrières, les soirées d’apparat avec les grandes familles, les Noailles, les Rohan, les Caumont, les d’Harcourt, et pour ma part sans grand intérêt, beaucoup moins drôles que nos peoples. Mais Betty épouse James de Rothschild, mais née aussi de Rothschild a tant à raconter, qu’il faut poursuivre la première partie soporifique.

 

Le regard sur la 2ème guerre mondiale et l’après guerre est passionnant, avec notamment la plongée dans le musée du Jeu de Paume à Paris où avaient été entassées toutes les grandes collections sous les ordres de Goering. Le rôle discret de Rose Valland, attachée de conservation, la dernière française autorisée en ces lieux qui un tient un fichier secret des œuvres dérobées dans un grand cahier. Puis le départ pour l’Allemagne vers les mines de sel de Steinberg, la richesse des princes-archevêques de Salzbourg où furent cachés les tableaux perquisionnés. La fin de la guerre avec le retour en France des œuvres d’art et le rôle de la Commission de récupération des œuvres d’arts. Le retour à la maison Rothschild avec d’autres départs vers d’autres cimaises, Betty n’y perd pas pour autant sa jeunesse et scrute alors tous les comportements snob des visiteurs de musée. Au départ de l’hôtel Lambert, sis 2, rue Saint Louis-en-l’Ile, une question est posée par notre portrait.

 

Ce qu’il y a encore de Rothschild chez les Rothschild ? Il y est dit la prudence, le secret professionnel, le sens du devoir, la volonté de ne pas répondre aux provocations antisémites… Et au dessus de tout, la famille et d’ajouter, à l’inverse des tribus de la noblesse obsédées par l’idée qu’après elles les maisons n’existeront peut-être plus. Une belle leçon de sagesse et d’humilité à méditer.

Le portrait - de Pierre ASSOULINE 

Par Anne PERRIN-LOUVRIER - Publié dans : le temps de lire
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